Retour sur l’histoire captivante du legs de Michel Monet et ses implications juridiques. Le legs, en particulier lorsqu’il est assorti d’obligations, illustre parfaitement la rencontre entre droit et patrimoine culturel.
Depuis le 17 octobre dernier jusqu’au 2 mars 2025, le Musée MARMOTTAN-MONET organise, à l’occasion de ses 90 ans, plusieurs expositions dont l’une consacrée au trompe-l’œil.
L’exposition s’intitule « Le Trompe-l’œil de 1520 à nos jours » et rassemble à l’étage supérieur de très belles œuvres, provenant notamment de la collection de Paul MARMOTTAN.
J’ai eu la chance d’être invité, la veille de l’ouverture de l’exposition, au cocktail d’inauguration, par la famille BILLECOCQ, dont la représentante la plus proche, Laurence, m’a fait part de certains souvenirs que je voulais partager avec vous.
Savez-vous par exemple d’où vient le terme « trompe-l’œil » ? Ce terme a été inventé par Henry CANDIO au cours du XXᵉ siècle.
Savez-vous de quand datent les premiers trompe-l’œil ?
Clin d’œil : les trompe-l’œil ne s’accordent pas au pluriel, c’est un mot invariable.
Ce genre pictural, destiné à tromper notre perception de la réalité, est apparu dès le IVᵉ siècle avant Jésus-Christ. Il a connu deux renouveaux, à la Renaissance en Europe puis au début du XXᵉ siècle aux États-Unis.
L’exposition du Musée MARMOTTAN-MONET est riche de tableaux variés notamment du XVIᵉ au XVIIIᵉ siècles. Elle est bien organisée et se découvre très agréablement dans des salles particulièrement bien adaptées.
Je vous invite à suivre un audioguide ou un conférencier si possible. La visite n’est pas trop longue et très amusante.
Mais les surprises continuent quand l’exposition se termine, car vous descendez alors à l’étage inférieur découvrir une seconde exposition.
Le Musée MARMOTTAN-MONET invite Carole BENZAKEN à présenter ses œuvres du 17 octobre également au 16 février 2025. Cette artiste est ainsi mise en lumière à travers ses grands tableaux qui en sont remplis.
J’ai beaucoup aimé les couleurs et lumières qu’ils dégagent incontestablement.
Après avoir découvert cette deuxième exposition, vous retrouverez une partie de la collection permanente du fonds impressionniste du Musée MARMOTTAN-MONET qui rassemble de très belles œuvres de Claude MONET.
J’ai eu la joie de revoir certains tableaux que j’avais eus l’occasion de voir aussi lors de la très belle exposition consacrée au peintre « MONET en pleine lumière » organisée en juillet 2023 à MONACO, sur le thème de la Côte d’Azur.
Toutefois, vous ne verrez pas Impression, soleil levant. Certes, ce merveilleux tableau est en principe au Musée MARMOTTAN-MONET, mais après avoir été exposé au Musée d’ORSAY pour l’exposition « Paris 1874. Inventer l’impressionnisme », que j’ai eu la chance de voir également, il est actuellement exposé à la NATIONAL GALLERY qui poursuit cette exposition à WASHINGTON (USA) jusqu’au 19 janvier 2025.
Vous avez des questions sur le legs et les obligations qu’il comporte ?
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Et saviez-vous pourquoi Claude MONET est exposé régulièrement au Musée MARMOTTAN, jusqu’à voir son nom accolé au sien ?
L’histoire est d’autant plus cocasse que Paul MARMOTTAN s’était opposé à ce que Claude MONET expose au Salon de peintures et de sculptures que l’Académie des Beaux-Arts organisait.
En effet, à la fin des années 1860, aussi incroyable que cela puisse paraître, Paul MARMOTTAN et l’Académie des Beaux-Arts combattaient Claude MONET et ses amis, jeunes peintres, jusqu’à leur fermer les portes du Salon.
Ces jeunes peintres réunis au sein de la Société anonyme des artistes peintres et sculpteurs, décidèrent alors d’organiser leur propre exposition, du 15 avril au 15 mai 1874, dans les anciens ateliers du célèbre écrivain et photographe NADAR, situés 35, boulevard des Capucines à PARIS.
Le montant de la location s’élevait à 2.020 francs. Y est alors exposé pour la première fois le célèbre tableau Impression, soleil levant exécuté par Claude MONET en 1872-1873 au Havre, ville de son enfance.
Après avoir vu ce tableau, le critique d’art Louis LEROY appellera pour la première fois cette exposition, de manière péjorative, le Salon des Impressionnistes, qui donnera lieu au courant éponyme.
Cette œuvre emblématique sera dévolue à Michel Monet, second fils de Claude MONET, qui deviendra à la mort de son frère aîné Jean, l’unique descendant direct du peintre.
Michel MONET lèguera sa collection d’œuvres d’art au Musée MARMOTTAN, ainsi que la maison et les jardins de GIVERNY que son père avait fini par acheter en 1889, après l’avoir louée et aménagée dès 1883.
Par la suite, le Musée MARMOTTAN fera appel à André BILLECOCQ, en sa qualité d’architecte, pour réaménager les salles du musée.
André BILLECOCQ n’est pas inconnu : son nom rappelle celui de Jean-Baptiste BILLECOCQ, né le 31 janvier 1765, écrivain et avocat au Parlement de Paris devenu Bâtonnier de son Ordre.
Par ailleurs, sa famille entretenait des relations amicales avec Claude et son frère Léon, lorsqu’ils étaient jeunes. Les deux garçons étaient reçus régulièrement dans la maison familiale des BILLECOCQ au Havre.
André BILLECOCQ a ainsi hérité de caricatures réalisées par Claude MONET. Nous ne sommes pas nombreux à savoir que Claude MONET signait ses premières œuvres de son premier prénom Oscar.
Ces caricatures sont considérées comme les plus anciennes œuvres connues de Claude MONET.
André BILLECOCQ en a légué certaines au Musée MARMOTTAN-MONET, lequel les expose régulièrement.
Ce que vous ne savez pas, c’est que Michel MONET avait exigé au terme de son legs, que la maison et les jardins de GIVERNY n’ouvrent leurs portes qu’un jour par semaine, et pour six visiteurs simultanément. C’est ce qu’on appelle un legs à charge.
Clin d’œil : le mot « legs » prend toujours un S, même au singulier.
Qu’est-ce qu’un legs ?
C’est un don par testament. Le légateur est celui qui donne et le légataire celui qui reçoit. Un don du vivant s’appelle une donation.
Un legs peut comporter une charge ou des obligations ; si le légataire ne les remplit pas, son legs peut être révoqué et le bien légué revient alors aux héritiers.
Alors comment le légataire est-il parvenu dans notre cas à contourner la limitation imposée par Michel MONET d’ouvrir ce merveilleux écrin que constitue la propriété de GIVERNY à plus de six visiteurs simultanément, sur tous les jours d’ouverture de la semaine ?
A la demande du légataire, André BILLECOCQ a tout naturellement approché la dernière héritière de la famille MONET, laquelle a bien voulu, sans hésiter, renoncer à toute tentative de révocation de legs, en cas de non-respect de sa charge.
Et c’est ainsi que GIVERNY peut aujourd’hui accueillir plus d’un million de visiteurs chaque année.
Cette intercession est à saluer et constitue en quelque sorte un trompe-l’œil juridique qui a permis de maintenir le legs.
J’espère que vous aurez appris quelques détails historiques et que vous vous serez amusé en lisant ce compte-rendu d’expositions.
Dernier clin d’œil : le mot « clin d’œil » s’accorde au pluriel, et peut s’écrire « clins d’œil » ou même « clins d’yeux »… un vrai trompe-l’œil.
Je remercie la famille BILLECOCQ pour sa très aimable invitation et ses précieux souvenirs.
Par Laurent Meillet
Musée Marmottant-Monet – 2, rue Louis Boilly – 75016 Paris
Maison de Claude Monet – 84, rue Claude Monet – 27620 Giverny
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